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Les aventures d\'un Ensarien en vadrouille

Ou comment je découvre la vie

Du nouveau (enfin presque) | 29 mai 2009

Que s’est-il passé ces deux dernières semaines, vous demandez-vous peut-être (qui sait, des fans pourraient consulter mon blog dès le petit déjeuner pour rire des petits malheurs quotidiens d’un Français perdu dans un pays qui exporte de la viande de rat –35 tonnes le mois dernier- chez son voisin vietnamien) ?

 

Rien de spécial.

Une révolution à noter, cependant : j’ai trouvé le remède absolu contre la poussière qui recouvrait ma vie d’un voile de désespoir et qui allumait dans mon œil frénétique une lueur meurtrière. Ce remède tient en neuf lettres : C-H-A-U-S-S-O-N-S. Arrêtez de rire.

Il y a deux semaines, j’ai eu une révélation : si je ne voulais plus que la poussière m’atteigne moralement, il ne fallait plus qu’elle m’atteigne physiquement. Je suis donc allé faire du shopping, pensant ramener non seulement des chaussons, mais aussi des sous-vêtements (pardon, mais si je raconte ma vie, autant vous donner tous les détails), des jeans et des chemises. Je suis revenu avec des tongs, des sous-vêtements (mais pas ceux que je voulais) et une serviette de toilette. Je n’y peux rien, fouiner dans les jeans et les chemises, c’est au-dessus de mes forces.

Mais bref, mes tongs sont devenues des chaussons et presque immédiatement, j’ai senti la sérénité m’envahir... à tel point que deux semaines après, je n’ai toujours pas refait le ménage. Je flotte à un centimètre du sol, et tant que la couche de poussière n’aura pas atteint cette épaisseur critique, je serai à l’abri.

Bon ok, j’avoue que j’attends que ma colocataire craque et s’occupe de la partie commune. Ça ne sert à rien de nettoyer ma chambre si le reste est toujours aussi sale : le phénomène des vases communicants s’appliquent aussi à la poussière. Mais apparemment ma colocataire est beaucoup plus résistante que moi, les moutons ne lui font pas froncer les sourcils, le fait de voir ses cheveux traîner partout ne provoque chez elle pas le moindre frisson, bref, c’est encore moi qui vais finir par m’y coller, comme d’habitude. Déjà, la semaine  après mon emménagement, quand je lui ai demandé si elle avait déjà balayé sous le tapis, elle a explosé de rire comme si c’était l’idée la plus absurde qu’elle ait jamais entendu, et effectivement quand j’ai regardé, j’ai constaté, à la couleur du carrelage (ou plutôt au fait qu’on ne voyait plus la couleur du carrelage), que ça ne lui avait jamais effleuré l’esprit. Le pire c’est que quelques heures après, elle a soulevé le tapis (elle ne m’avait pas vu nettoyer) et elle m’a dit, très fière : « You see ? It’s clean ! », comme si c’était Dieu qui protégeait cette zone du salon.

Donc je ferai le ménage hum… vendredi prochain. Ça me donnera une occasion de plus pour pester contre le pays et pour me promettre que plus jamais je ne vivrai avec une personne qui a les cheveux longs (et surtout qui les perd) dans un pays sans aspirateur.

A part ça, je suis équilibré, rassurez-vous.

 

Rien de palpitant ne m’est arrivé ces derniers temps : le spectacle de hip hop du week end dernier était profondément décevant, ne suscitant chez moi aucune émotion, contrairement au précédent, bien qu’évidemment je reconnaisse les qualités techniques nécessaires pour faire le robot pendant 30 minutes.

 

Dans un autre registre, j’ai croisé ce matin un camion Elle&Vire, et j’ai explosé de rire sur mon vélo tout en pensant avec un brin de nostalgie à la Normandie. Il faut vraiment être au Cambodge pour penser à la Normandie avec nostalgie, c’est même typiquement le genre de sentiment que je n’aurais jamais cru imaginable.…

 

Au niveau du stage, je m’en sors plutôt bien, j’ai terminé le « premier jet très incomplet », il ne reste qu’à le peaufiner, l’illustrer, l’organiser… et à rédiger une partie économique susceptible de satisfaire ma professeur-tutrice, sans quoi j’aurai passé six mois ici pour ne même pas avoir mon diplôme. En parlant de diplôme, j’ai aussi appris tout récemment que j’aurai la joie et le bonheur de passer un rattrapage en septembre, comme 9 de mes 12 camarades de spécialité. La nouvelle n’est pas extraordinaire en soi, nous étions tous parfaitement conscients d’avoir lamentablement échoué à ce partiel (même si nous ne nous attentions pas à des notes allant de 2 à 7 sur 20), mais elle nous a tout de même fait un choc : devoir bachoter à nouveau une matière (très rébarbative pour moi) dès le retour ou, pour certains, en même temps que leur stage, ne faisait pas partie de nos projets. Enfin… L’aller-retour à Rennes me donnera l’occasion de faire fonctionner ma carte 12-25 et de cumuler des points Smiles… Il faut toujours voir le bon côté des choses, non ? Il ne me reste plus qu’à me rappeler l’endroit où j’ai mis mes cours, en espérant que ce ne soit pas dans une poubelle…

 

Autre nouvelle, je me rends compte que les factures pleuvent avec régularité dans le monde des adultes, et que la seule surprise est leur montant : 71 dollars d’électricité au mois d’avril (contre une cinquantaine le mois précédent), autant pour Internet en mai (et encore, là ce n’était QUE le dépassement, l’abonnement coûte 59 dollars par mois, donc 130 dollars par mois pour le net, vous avouerez que ça fait un peu mal par où ça passe)… On attend l’eau qui, avec 5 dollars maximum pour deux mois, devrait nous redonner un argument pour dire que la vie est bon marché au Cambodge… quand on vit dans un confort minimum.

 

Ah, je tiens aussi à signaler que mon caractère empire. Avant, je ne me mettais à insulter les gens que quand j’étais au volant d’une voiture. Maintenant, ça fonctionne aussi quand je montre sur un vélo. Dans un pays où personne ne me comprend, ça passe, mais il va falloir que je perde rapidement cette habitude à mon retour si je veux garder mes os intacts. Avant, quand je roulais, s’il arrivait quelque chose induisant un freinage d’urgence, je me considérais toujours comme coupable. Désormais, je n’ai plus le moindre scrupule à rejeter tous les fautes sur les autres. Ce matin, j’ai grogné « P*t*in espèce de conn*rd tu peux pas faire gaffe à la priorité à droite b*rd*l ?! ». Je me suis rendu compte que c’est moi qui lui avais grillé la priorité et j’ai donc corrigé « Ouais de toute façon ici ça n’existe pas, la priorité à droite, espèce de chauffard, quand un vélo s’engage tu le laisses passer, m*rde, tu crois que tu me fais peur avec ta Lexus de contrebande ?! ». Je suis donc en train de devenir l’archétype du gars à cause de qui on a créé les journées « Politesse au volant ». En même temps, ça ne fait de mal à personne et ça défoule tellement…

 

 

Voilà les nouvelles. Je n’épilogue pas sur le moral qui, fidèle à lui-même, joue au yoyo avec une frénésie épuisante. Il devrait être très bon la semaine prochaine.

 

Bisous à ceux qui veulent et tant pis pour les autres !

Guillaume

Publié par Guillaume1712 à 15:08:14 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (1) |