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Vendredi, lever plus tôt que les jours ouvrables, mais c’est pour la bonne cause. Je regarde le Journal de 20h de France 2 en prenant mon petit-déjeuner (merci TV5 Monde pour la retransmission) : la grippe porcine tuera tout le monde sauf les Français, c’est bon à savoir. Je descends trois étages et j’arrive devant l’arrêt de bu après… une minute de marche. Finalement il y a aussi du bon dans ce quartier. Je me rends compte que ce que je croyais être un appel à la prière quasi-permanent est en fait les annonces en khmer des bus… Haha. Ça me semblait étrange, aussi, n’ayant jamais lu nulle part que les bouddhistes recourraient à ce genre de pratiques. Ça n’empêche que les concerts de percussions à l’aube sont toujours imputables à la pagode.
Le bus pour Kompong Som (Sihanoukville) est annoncé. Je ne comprends que ces deux mots : « Kompong Som ». Je suis quelques personnes qui semblent réagir à l’annonce et se dirigent vers un bus. Gagné, c’est le bon ! Je m’installe. C’est parti pour 4h de route, sans télé (et donc sans karaoké), le rêve !
Je m’endors un moment et je me réveille entouré de collines boisées. C’est magnifique, voilà comment j’imaginais le Cambodge, pas comme un pays plat de rizières à l’infini comme sur la route de Siem Reap.
Le bus s’arrête au bout des deux heures réglementaires, mon voisin descend. Il revient quelques minutes plus tard et me propose un œuf « trafiqué » (ceux avec des épices). Je sais que c’est bon, mais je décline, il n’est que 9h30 du matin (il y a bel et bien un lien de cause à effet ici).
Le voyage reprend, nous traversons des plantations de palmiers (à sucre ? à huile ?) et enfin… nous voyons la mer ! Le bus se gare à côté du Psar Leu (psar = marché) de Sihanoukville. Je me fais aussitôt agresser par les motodops et tuktuks qui décidément n’ont pas l’air de comprendre qu’on puisse vouloir marcher. Je pars, à pied, en quête d’un restaurant signalé sur le Lonely Planet. Une fois n’est pas coutume, mon sens de l’orientation me fait faux bond et je marche pendant dix minutes sous le soleil avant de me rendre compte que je remonte l’avenue dans le mauvais sens. Une fois l’erreur corrigée, je trouve assez rapidement le restaurant. Le cadre est charmant et le serveur compétent, par contre la nourriture n’a aucun intérêt. J’apprécie quand même la pause.
Je repars, cette fois en quête d’une guesthouse sur la route de Serendipity. Je la trouve, je réserve (ce qui est bien au Cambodge c’est qu’on peut arriver partout sans réserver) et j’investis ma chambre. J’installe mes affaires et je ressors. L’établissement voisin propose des excursions sur une île proche. Je réserve pour le lendemain.
Une fois ces formalités remplies, je peux enfin aller à la plage. Elle est à 200 mètres de la guesthouse. Sur la gauche, un tas de rochers m’attire comme un aimant : la baignade attendra…
J’escalade les cailloux glissants pour découvrir ce qu’il y a après eux. Un orage me tombe sur le coin du nez en plein milieu de mon escapade. Je me cache dans une pseudo-grotte. Voyant que ça ne se calme pas, je reprends mon chemin. Je finis par enlever le t-shirt. Le short est trempé, par contre. J’arrive sur une belle plage quasiment déserte, pluie oblige : Sokkha Beach. Je me change comme je peux en essayant de sauver ma serviette du déluge, puis je pars me baigner. L’eau doit frôler les trente degrés, entrer dedans est d’une facilité que je n’avais encore jamais expérimenté. Elle est assez claire, aussi. Je reste à la plage jusqu’à 17h puis je décide d’aller voir un peu les autres avant la nuit.
J’ai ainsi pu découvrir deux choses : il n’y a pas de sentier côtier à Sihanoukville (une bonne partie du trajet étant d’ailleurs masquée par des palissades…) et l’échelle du plan donné par le Lonely Planet a été décidée sans le moindre souci de respecter la réalité. Je marche pendant plus d’une heure, apercevant parfois un bout de mer et rien d’intéressant le reste du temps. Je grimpe finalement sur Victory Hill, colline touristique (bar, restaurant…) sur le déclin. J’y croise un nombre assez choquant de quadragénaires et plus en compagnie d’une ou deux jeunettes khmères, et un nombre encore plus grande de filles n’attendant qu’un geste.
Je m’installe tout de même dans un restaurant. Les nems (vietnamiens) n’ont aucun goût mais le curry du Mekong est très bon.
Retour en motodop. Il est 19h et je suis épuisé. Je savoure une douche froide et je me pose sur le lit en attendant que le temps passe un peu, histoire de pouvoir sortir… ou dormir. En fin de compte je vais me promener sur la plage. C’est donc là qu’ils sont tous ! Attablés face à la mer, je trouve enfin les jeunes que je n’ai pas vus au cours de mes pérégrinations. Je n’essaie pas pour autant de m’incruster et je finis par rentrer. Je m’aperçois qu’entre le bruit du ventilateur et celui de l’extérieur, je suis mal parti pour dormir. Une des options consiste à éteindre le ventilateur. Après dix minutes, en sueur, je me vois contraint de le rallumer. Je m’enfonce du papier toilette dans les oreilles en espérant réussir à fermer les yeux.
Samedi, après une nuit agitée, je me lève à 8h (le réveil a été bien plus tôt, puisque même dans les zones touristiques, les Cambodgiens ne comprennent pas que les étrangers n’ont pas le même rythme). Je me présente au comptoir d’EcoTrek Tour. Un ami du gérant vient me chercher en moto pour me déposer dans une paillotte sur la plage. Je prends mon petit déjeuner puis je monte sur le bateau. Un groupe de Hongkongais s’y trouve déjà. Moi qui comptais faire des rencontres… le bateau démarre et ramasse un second groupe un peu plus loin sur la plage. Des Australiens. Je tente ma chance, mais ils sont entre eux et ne me laissent aucune entrée. Tant pis.
Après une heure de navigation sur une mer bleu-mer entre des îles couvertes de végétation, nous arrivons au premier site de snorkelling. Il est déjà occupé et l’eau n’est pas claire, donc nous contournons l’île pour nous poser un peu plus loin. Le snorkelling, c’est de la « plongée de surface », avec masque et tuba. J’ignorais que ça s’appelait comme ça avant d’acheter le Lonely Planet (décidément).
Bref, on se jette à l’eau. Je découvre bien vite que le masque et le tuba, non contents d’être mes ennemis, complotent pour me noyer. De toute façon, à part du corail blanchâtre et quelques poissons sombres, il n’y a pas grand-chose à voir. Je me contente donc de plonger du bateau et de nager. C’est vraiment agréable.
Nous accostons ensuite sur une autre île, Koh Russei (l’Île du Bambou), sur laquelle quelques bungalows sont implantés. Après une bière, je me promène sur la plage puis me baigne à nouveau. Au bout d’une heure je marche sur un oursin et je découvre qu’il y en a des dizaines. Un peu refroidi, je sors de l’eau pour bronzer (sachant que je suis déjà rouge). Après une nouvelle baignade, je mange (poisson cuit dans de l’alu et légumes frais) et je pars explorer l’île. Le bateau repart dans une heure, à 14h.
Je traverse la forêt en quelques minutes et arrive sur une autre plage avec également quelques bungalows. Je remonte la plage en quête d’un autre chemin pour revenir. Entre temps je me fais mordre méchamment pas une fourmi orange. Ma casquette aussi : même morte, la fourmi ne lâchait pas le tissu.
Je retourne dans la jungle, pieds nus (mes sandales étant restées sur le bateau), sur un sentier large comme mes hanches. Soudain je vois un scolopendre. Puis deux, puis trois, puis des dizaines. Partout en travers de mon chemin. En alternance avec des colonies de fourmis oranges. Un dégoût terrorisé (je sais que si un mille-pattes me touche, je hurle à la mort) me fait hâter le pas, augmentant d’autant le risque de marcher sur une de ces créatures.
Enfin, le cœur prêt à lâcher, j’arrive sur une plage. Enfin, plage… amas de rochers conviendrait mieux.
Il me reste quarante minutes avant le départ du bateau. Je pense « Bon, j’ai le temps, au prochain virage c’est bon ». Je prends donc quelques photos tout en sautillant de rochers en rochers. Le premier virage (cap ?) arrive. Derrière, je ne vois aucune plage, aucun bungalow, aucun bateau… et le prochain cap semble particulièrement éloigné.
Un individu normal aurait fait demi-tour. Trois choses m’ont retenu : ma fierté, les scolopendres et les fourmis. Toujours pieds nus (non je ne me suis pas confectionné des tongs en feuilles de palmiers), j’accélère donc l’allure. Evidemment, je m’étale coccyx en avant sur une dalle glissante, amortissant heureusement le choc avec les mains. La colère et la peur me remettent aussitôt sur pied et je continue ma route en m’incendiant à voix haute : « On n’a pas idée de se balader tout seul dans des rochers quand personne ne sait où on est ! T’es vraiment débile ! Si tu te pètes une jambe t’as le temps de mourir quinze fois de déshydratation avant qu’on te retrouve ! Ou bouffer par les fourmis, tiens ! C’est tout ce que tu mérites ! ».
Je commence à paniquer un peu quand je constate qu’au virage suivant, je ne vois toujours rien qui ressemble à une occupation humaine et qu’il me reste probablement moins de vingt minutes. Je n’ai quand même pas changé d’île ! Perdant alors tout intérêt pour le monde qui m’entoure, je hâte encore le pas, en me répétant « ne mets pas les pieds sur les pierres grises ! » et « s’ils partent sans moi j’ai l’air con ! ». J’esquive les crabes, j’escalade les palmiers morts, je saute sur des arêtes de roches volcaniques sans penser à la douleur…
Puis la délivrance : je vois le gilet de sauvetage orange fluo d’Asiatiques en train de se baigner. J’ai presque envie de crier « Dieu soit loué ».
J’arrive devant le bateau à 13h54, le petit orteil droit en sang, son voisin à moitié écrasé et les plantes douloureuses. Personne ne m’attend pour me décerner un diplôme du parfait fakir. D’ailleurs je suis le premier arrivé, épuisé mais vainqueur, et tant pis si je suis le seul à savoir quelles épreuves je viens de traverser. Ruisselant de sueur comme rarement je l’ai été, je pique une dernière tête et je m’installe à l’arrière du bateau pour souffler. Entre les bestioles, les rochers et le stress, j’ai quand même passé une des heures les plus angoissantes de mon existence. Je suis vacciné contre le crapahutage dans les îles pour un moment… au moins une semaine (ouais parce que je compte quand même passer le week end du 8 mai sur une autre île).
Au retour, le « capitaine » s’arrête dans un autre site de snorkelling. Personne ne plonge. Nous rejoignons donc le continent. Après avoir vidé et rerempli mon sac à la guesthouse, je me rends dans le bar voisin pour boire, enfin : j’enchaîne un milkshake amélioré (banane, chocolat, lait, glace… et yaourt) et un jus d’orange. Je pars ensuite acheter mon ticket de bus pour le lendemain puis retour à la plage, pour lire et me baigner. Ça fait du bien.
Le soir, je mange sur place du poulet et du bœuf au barbecue et je bois deux Angkor Beer (oulala…). Retour à la guesthouse pour une douche et une pause. Je peux vérifier que je suis bel et bien rouge vif. Pelage en perspective.
Vers 21h, je sors à nouveau, direction le Utopia, bar de nuit. La musique est bonne (enfin, occidentale, au moins), l’ambiance est sympa, la clientèle mixte (khmers et touristes). Je discute un peu avec un Suédois qui me permet de comprendre ce que signifie « charme scandinave », je danse un bon moment, puis je pars me coucher, vers 1h du matin. J’avais besoin d’une piste de danse !
Dimanche, je me lève à 9h, petit-déjeune à la guesthouse puis prépare mon sac et paye ma chambre. Je pars sur la plage pour une dernière heure de baignade. A 11h15 je mange dans un restaurant très sympa près de la plage. Finalement je vais à la gare routière en motodop, qui me dit que je suis « very handsome ». Je me retiens d’exploser de rire : avec mon gros nez rouge, mes yeux injectés de sang à cause de l’eau, les cheveux collés par le sel et j’en passe, je dois effectivement représenter le summum de la beauté masculine. A la gare routière il y a une embrouille avec mon ticket, mais comme je suis en avance, on me fait monter dans le bus précédant celui où je suis censé aller. Ca me va.
Après quatre heures de route où j’ai pu voir non seulement du karaoké, mais aussi un film comique de vampires coréen (ou chinois, je ne sais pas trop) atrocement mal doublé mais du coup terriblement drôle, mon appartement me tend les bras. Ma coloc n’est pas encore revenue de son week end. Je lance une machine, je fais un peu de rangement et je me pose devant TV5 Monde, où je découvre avec un bonheur hilare cette merveilleuse série française qu’est « L’Etat de Grâce », ou « si la France était dirigée par une femme, ce serait Plus belle la vie tous les jours ».
Ah ouais, quelques impressions en vrac :
- ici, pas de mouettes et peu de moineaux, mais des mainates, j’aime beaucoup
- se faire siffler comme un chien et klaxonner à longueur de temps par des motodops et des tuktuks qui te proposent des filles et de la drogue, ça détend peu
- j’ai oublié le reste
Bref, j’ai passé un excellent week end !
Bisous à ceux qui veulent et tant pis pour les autres !
Guillaume
Publié par Guillaume1712 à 16:04:14 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (0) | Permaliens
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