C'est donc à mon tour. J-4, ça y est. Retour à la vie étudiante, cours en amphi, nourriture infâme, partiels, résultats de partiels, dossiers à rendre, TD. Finie la belle vie, les soirées avec les colocs, les soirées avec les gens du forum à Bruxelles, les promenades nocturnes sous le mur d'enceinte du château de Laeken et le parc du Pavillon Chinois. Finies les courses aux Lidl le samedi matin, les excuses pourries pour ne pas aller travailler, les coups de sang contre le manque d'hygiène dans cette baraque délabrée, les éclats de rire pour exorciser la colère inspirée par Jon, les éclats de rire pour manifester notre bonheur d'être ensemble. J'ai déjà fait un bilan, je sais que je me répète...
J'aime le changement. J'aimais le changement, à l'époque où je ne m'attachais pas. Je vois toujours la vie comme une succession d'étapes sur lesquelles il ne sert à rien de pleurer, mais maintenant je sais qu'on laisse toujours quelque chose derrière soi : des amis, des souvenirs. « Tout va changer. » J'accueillais cette annonce avec joie. Maintenant il s'y mêle de la tristesse. Oui, tout va changer, nous vivrons des expériences séparément et plus ensemble, nous mûrirons différemment, notre vision des choses, notre humour, nos opinions vont évoluer. Il faudra se revoir vite, et souvent, pour ne pas diverger trop violemment et finir par ne plus être capables de rire ensemble.
J'aime les choses simples. Ici, ça ne l'est plus. La simplicité aurait été de dire « Je pars, j'ai été heureux ici, mais c'est du passé. ». Le problème c'est que je ne suis plus asocial. Il était temps, cela dit. J'ignore si on peut passer une vie entière sans être touché par rien, mais de toute façon ça m'importe peu puisque j'ai dépassé ce stade. Je suis touché. Juste assez pour continuer ma route en regardant derrière moi de temps en temps, et pas assez pour couler. En somme, je suis sensible juste comme il faut.
On m'avait prévenu que la Belgique était un pays addictif. C'est la vérité. Il est probable qu'en allant ailleurs j'aurais également rencontré des gens formidables, mais les « si » ne servent qu'à consoler ceux qui ont des regrets et je n'en ai pas.
Alors soit, je pars. Je rentre en France, où se trouvent d'autres personnes que j'aime. Les stages apprennent la vie et les voyages forment la jeunesse. C'est aussi la vérité. Je ne sais pas si je suis adulte, mais j'ai mûri. Là encore il était temps. Je ne pense plus « Ne regarde pas en arrière », mais « Va de l'avant ». La nuance n'est peut-être pas claire pour vous, mais elle est pourtant énorme.
J'ignore sur quel ton vous lisez ce texte, mais voilà celui sur lequel je l'écris : les deux premiers paragraphes sont tristes, un peu comme si j'étais une petite vieille au coin du feu qui se penche sur sa jeunesse perdue. La fin du deuxième et les deux suivants sont posés, un simple énoncé des faits. Et là je souris : je vais échanger une période de joie contre une de stress, à laquelle succédera encore de la joie, du stress, un drame peut-être (si ça je peux l'éviter c'est aussi bien)... La vie serait bien trop monotone sans changement. Il faut simplement en tirer le meilleur. Dans certaines situations j'imagine que même le meilleur n'est pas agréable, mais ce n'est pas le cas ici.
Ce sera le mot de la fin.
Merci à tous ceux qui ont fait que mon séjour a valu la peine d'être réalisé (et qui se reconnaîtront).
Guillaume
Publié par Guillaume1712 à 19:57:36 dans Les aventures d'un Ensarien à Bruxelles | Commentaires (3) | Permaliens
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